Aujourd’hui, c’est Babeth qui nous écrit d’une maison du pays rennais où elle réside depuis son retour mouvementé d’Inde, en plein déploiement des divers confinements.

Babeth Coste-de Geyer est née en 1956 à Iférouane, au Niger, au coeur de l’Aïr. Arrivée en France à l’âge de dix-huit mois, elle fut accueillie dans la famille de son père où elle grandit, entourée d’amour et de cousins. C’est beaucoup plus tard, sur ce continent originel, lors de la découverte des espaces grandioses du désert du Ténéré et surtout, lors de la rencontre avec sa mère touarègue, qu’elle a pu vraiment réaliser le « grand écart » culturel auquel elle était confrontée.
Elle décide alors de mettre ses compétences au service des autres. Depuis 2007, elle passe trois mois en Inde du nord comme infirmière bénévole avec l’association Hope and Care qu’elle a créée avec des amis … Avec d’autres volontaires soignants, elle assure chaque jour des soins de rue gratuits au bord du Gange à Varanasi (Bénarès) dans le quartier particulièrement défavorisé d’Harishchandra ghat. C’est là, qu’elle a découvert son inextinguible amour pour l’Inde et pour les habitants de ce quartier.

https://www.molnlycke.fr/actualites-evenements/actualites/association-hope-and-care/

https://www.ouest-france.fr/bretagne/pontivy-56300/pontivy-hope-care-l-association-pontivyenne-qui-soigne-les-indiens-5135008

Lorsqu’elle est en France, Babeth réside à Paimpol où elle partage son temps entre l’écriture, ses amis, ses cinq enfants et ses sept petits-enfants (bientôt huit !) qui font son absolu bonheur… Bonheur qu’elle nous fait partager dans cette lettre.

Est-ce que tu veux du pop-corn ?

En ces temps de confinement, chaque activité domestique prend un relief particulier et ce qui passait quasiment inaperçu il y a peu se trouve  désormais sous  les sunlights de nos neurones déconcertés… dans la maison de Pacé, nos trois petits lutins toniques et aventureux chassent l’idée même de l’ennui et le spectre de l’inaction à grands coups d’imagination fertile et de vitalité inépuisable… leurs babillages incessants nous empêchent d’entendre les mauvaises nouvelles distillées sur nos postes de radio ou nos ordis… ils revendiquent des chorales familiales d’aubades fort entraînantes  dont la rengaine occupe ensuite forcément nos esprits toute la journée … les chansons de Jo Dassin , et les cantiques de Noël sont les grands vainqueurs des airs entêtants … arrive heureusement en deuxième position le répertoire du « Lac des cygnes » qui permet à nos danseurs étoiles miniatures  de nous combler par leurs poses alanguies et inspirées qui nous font revivre en direct le cauchemar des amours contrariées du prince Siegfried et d’Odette … les arabesques de Nina (two years old) dignes du Bolchoï , ponctués  par des balancements de sa chevelure version Dalida, et la grâce des jetés et sauts de chaton de Camille qu’auraient pu jalouser Nijinsky ou Noureev, nous émerveillent et font éclater nos rires de ravissements …il faut bien avouer que nous n’avons jamais été les plus sérieux du monde et que nous avons toujours tenté de préserver nos bulles de légèreté et de folie …mais la cohabitation avec ces lutins infatigables et insouciants renforce nos aptitudes originelles à la fantaisie et notre goût affirmé et revendiqué pour l’insolite, voire l’incongru …en cette période où les angoisses s’accrochent solidement à leur pré carré,  nos inquiétudes sont priées de rester à la porte , et nos préoccupations deviennent carrément  futiles… nos soupirs indulgents ne sont plus provoqués que  par les tirs incessants des pistolets à eaux à notre encontre , ou par les étagères de livres vidées de leur contenu pour la dixième fois consécutives … nos agacements s’émoussent d’eux-mêmes devant leur absolue inutilité…ainsi nos journées sont emplies de missions essentielles comme la préparation de « tapis de chats » , de fabrication de recettes d’élixir de sorcières, de concours de balançoires (qui va le plus haut Babou ?), de spirales et torsades en pâte à modeler version Calder, de découpages et d’origami, d’attaques de loup terré dans le garage et de déclamations endiablées et inspirées de poèmes à deux voix qui devraient nous  apporter gloire et célébrité («  je vais danser dans mon jardin , pour oublier tout mon chagrin …je vais danser dans mon grenier pour oublier mon tablier…et je vais danser  dans la rue pour oublier que je suis nu »)…et il nous faut  répondre sans sourciller à des questions carrément existentielles comme «  Est-ce que tu veux du Pop-corn ? »


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