Callac, vous voyez où c’est ? Si autrefois, la cité costarmoricaine était au « carrefour » des routes du centre Bretagne (comme aiment annoncer les panneaux à l’entrée des villages). D’ailleurs Nominoë et Duguesclin y passèrent!. Maintenant, elle a perdu son château, son lustre… et deux-tiers de sa population en un siècle. Située entre Guingamp et Carhaix, Callac est passée de 18ème commune du département en 1965 à 65ème en 2013 (source https://fr.wikipedia.org/wiki/Callac )

Avec tout ce que cela entraine… Bref, la loose. Pourtant, cette ville est la « capitale » de l’épagneul breton et aussi du cheval de trait, comme en témoigne cet extraordinaire statue de Naous, en majesté sur la place centrale.

J’ai eu l’occasion d’y passer plusieurs fois pour le boulot, notamment pour la presse déco. Surprenant, n’est-ce-pas ? C’est qu’une femme formidable avait repris et transformé le grand magasin créé par son grand-père au début du XXe siècle. Avec tellement de goût que les lectrices de Maison Française et de Côté Ouest trouvaient fort hype ce Comptoir de campagne ! Son fils Pierre Cazoulat, féru de nature, a repris le lieu en y proposant une très belle sélection d’articles de pêche, chasse, archerie et coutellerie artisanale. https://pierre-cazoulat.com/le-magasin-peche-chasse-coutellerie-archerie-tir-de-loisirs

Les autres commerces tirent la langue, à part peut-être le pittoresque café Chez Paulo, une petite crêperie et l’Auberge basque. Pour enrayer la baisse de fréquentation, Héléna, l’inénarrable patronne de cette dernière n’hésite pas à prendre le micro. Découvrez-la sur https://www.youtube.com/watch?v=3BCGuQYt_Ds

Dans l’espoir de redonner de la vie à sa commune, le maire Jean-Yves Rolland a eu cette magnifique idée d’accueillir des réfugiés avec le soutien d’un riche mécène. Las, la sphère facho ne l’entendait pas comme ça. Résultat : le maire a jeté l’éponge. Tellement ulcéré, l’ami Gilles Cervera a écrit ce billet que je me fais un plaisir de relayer.

Gwerz pour Callac

 Que faut-il retenir de cette tellement triste affaire ? Débutée bien avant septembre mais c’est à ce moment-là qu’elle sort des murs, convoque l’opinion, buzze et bouse.

Callac, en Bretagne.

Gwerz à Callac. Yan-Fanch Quemener aurait chanté, voix de lumière, sur quel refrain traînant le refus de la krampouezh au billig d’accueil ?

Identité ne se nourrit que d’altérité et vice versa, gnagnagna ! Tel était l’antienne ! Telle ne tient plus.

Callac, dans ce sud Trégor qui fut rouge et reste humaniste quoi qu’on en voie et quoi qu’il en soit. Le cheval, nom d’un March’, le montre que Callac n’est pas réductible à dix ou douze fachos intolérants, exécrables, incendiaires de la paranoïa du grand remplacement.

Bien sûr qu‘ici ces thèses nauséeuses mettent Bretagne à rebours. L’hospitalité, l’accueil, l’ouverture, le bon sens, l’amitié, la Bretagne-Monde et toute notre littérature : de Guillevic à Grall, de Jean Grenier à Le Bris, de Perros à Le Braz ou De la Villemarqué à Louis Guilloux. Ce dernier doit se retourner dans sa tombe ! Pauvre Louis tant aimé des exilés, tant accueillants aux Républicains espagnols. L’étrange étranger de l’époque…

Passant, demeure ici, en simple amitié.

Entendez-vous Glenmor qui chante le vers inscrit au pinceau sur la cheminée du manoir de Saint-Péran, en Glomel, où il a logé un temps ? L’entendez-vous, non ? Alors, remettons-le :

Passant, demeure ici, en simple amitié.

Bretagne est monde malgré ce que la triste retraite des élus callacois disent et montrent. Nous les comprenons, les élus qui veulent avant tout la paix dans le bourg et doivent ravaler leur éthique comme couleuvre amère.

À mort ont-ils dit !

À mort à la culture exogène, à l’autre, au dénommé étranger, à celui qui vient travailler dans l’agro-alimentaire, se tape les horaires de nuit, les aubes sans aube et les températures en dessous. On n’en veut pas, dit l’opinion réduite à dix insensés qui rameutent deux cents insensés lesquels en coagulent deux mille, qui ? C’est que désormais deux mille branques sur cinq millions de Bretons peuvent imposer leurs fantasmes et leur bile raciste.

Dehors l’étranger car il pourrait déplacer le clocher du centre du village.

Vilain procès d’intention. La pensée sous-jacente est qu’une religion viendrait heurter celle qui fut implantée par les moines au troisième siècle ou celle des pierres levées qui précédaient. Honneur aux évangélistes Fracan, Brieuc et les autres. Déshonneur à ceux qui seraient le solde du grand procès de Jérusalem. À Callac, on a accueilli pendant les années grises les Juifs. Hospitalité.

Solidarité en réseau discret. Choix clandestins.

Résistance.

Aujourd’hui, les guerres et les famines qui forcent des familles à foutre le camp ne seraient plus qu’un bouleversement volontariste des valeurs et un dessein de remplacement ! Le monde depuis qu’il est hanté d’humains est de déplacements, d’exils et de routes, n’en déplaise à ces immobiles du ciboulot !

2% des catholiques sont pratiquants !

Les tala sont de moins en moins présents mais leur chant du cygne fait un de ces ramdams ! C’est ce boucan qui a traîné dans la rue les serre-têtes et les bonnes-sœurs contre le…. mariage entre homosexuels ! Combat d’un autre temps, combat de loosers en rage.

De cette manif-pour-tous à ce que Callac doit céder sur l’éthique, c’est le même fond réactionnaire.

Bretagne refuse ses maisons vides aux gens qui s’exilent.

Bretagne décline sa main tendue aux Afriques, à l’Orient, aux Asies ! Paul où est Segalen ? Paul où est Gauguin ? Morvan, comment peut-on être (encore) breton quand Callac dit au monde (musulman) qu’il est non-grata ? Honteuse Bretagne dont Callac, on le voudrait, ne soit qu’une partie et pas le tout.

Bretagne refuse aux migrants un toit, des liens de société, des familles raccords et de la main d’œuvre. Nous en sommes là et nous le réprouvons.

Nous ne voulons pas qu’un polémiste qui a prétendu à la présidence de la république (pour la défaire) noue des pactes, village par village, quartier par quartier, pour foutre en l’air les liens de république, ou ceux, pire encore qui alliaient une région, soudaient un pacte, que nous rêvons encore, Bretagne, port et portes ouvertes !

Frankiz ar Bed !

 Gilles Cervera

En conclusion, je m’amuse à sortir une phrase glanée sur la page Facebook d’Héléna (la restauratrice) : « Chaque animal sur terre a autant le droit de vivre ici que vous et moi ».

Les animaux, oui. Mais pas les humains.

Pour en savoir plus :

https://www.lemonde.fr/politique/article/2023/01/16/sous-la-pression-de-l-extreme-droite-une-commune-de-bretagne-abandonne-son-projet-d-accueil-de-refugies_6158111_823448.html

https://www.nouvelobs.com/societe/20230118.OBS68447/l-extreme-droite-a-joue-sur-le-complotisme-et-ca-a-marche-retour-a-callac-apres-l-abandon-d-un-projet-d-accueil-de-refugies.html

 

 

 


1 commentaire

Catherine BERRANGER · 19 janvier 2023 à 21 h 36 min

Formidable billet, qui met un peu de baume au cœur face à la minablerie haineuse !

Elle a raison, Héléna, parce que l’humain est, lui aussi, un animal.

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