L’œil de Catherine Berranger a été séduit par le film de Lisa Diaz. Vous pouvez lui faire confiance !

MCB

Été 1982 dans les Cévennes. Papa, maman et les deux filles.

Aux actualités (comme on disait alors), on parle d’Italiens affiliés aux Brigades rouges, qui séviraient dans les environs. L’un d’eux est particulièrement recherché.

 À partir de ces quelques éléments, Lisa Diaz nous emmène dans son monde, fait de la vie de famille, avec les petites voisines, les potes des parents, les rigolades et les engueulades, les bains dans la rivière, les émois, les inquiétudes, l’adolescence qui pointe… Ce délicieux moment estival, délivré des contraintes scolaires et professionnelles, se télescope avec les aspirations révolutionnaires des uns et les dissensions au sein du couple. Le tout baigne dans une nature enveloppante, tour à tour idyllique ou angoissante.

 Que faudrait-il ajouter ? Que tous les acteurs et actrices sont époustouflants, dont les belles têtes d’affiche Lætitia Dosch et Lolita Chammah ? Que les enfants qui jouent dans ce film sont des pépites ? Que la bande originale est une merveille ?

 Ce qui fait également la réussite de ce premier long-métrage, me semble-t-il, c’est tout ce qu’il suggère en creux. Les dialogues, d’une grande justesse par rapport à l’époque, entrent en résonance avec les questionnements actuels sur les changements de société indispensables et pourtant si lents à se dessiner. L’esquisse de chasse à l’homme qui sert de fil rouge nous renvoie aux extraditions réclamées depuis des décennies par l’Italie à l’encontre de militants des Brigades rouges (organisation criminelle, certes, et donc assurément condamnable, mais pas plus que les fascistes qui leur faisaient face et qui sont en pleine résurgence de nos jours), ce que la justice française a heureusement refusé récemment. Sans oublier l’acharnement contre l’altermondialiste Vincenzo Vecchi, installé dans le Morbihan, qui risque d’être mis entre les mains de fer des juges italiens pour avoir simplement manifesté au contre-sommet du G8 à Gênes en 2001 (affaire portée à la Cour de cassation le 11 octobre prochain). Finalement, quarante ans plus tard, les problématiques existentielles et les rapports de force sont quasiment les mêmes… René Dumont (si souvent traité comme un bouffon) n’alertait-il pas, dans L’Utopie ou la mort (Le Seuil, 1973) par exemple, sur les méfaits du capitalisme pour l’écosystème et sur la nécessité de recourir à la sobriété ? Les jeunes d’hier avaient déjà bien des raisons d’être pris de vertige en commençant à comprendre de quoi serait faite leur vie d’adulte.

Ce 15 septembre, au Ciné-TnB de Rennes, c’était donc une chance d’assister à cette avant-première, pour avoir le plaisir d’écouter la réalisatrice très spontanée, évoquant les anecdotes du tournage (rendu bien difficile par le Covid) ou encore ce qu’il lui tenait à cœur d’intégrer à son film, notamment la transmission des choix politiques d’une génération à l’autre ou l’appauvrissement de la nature (qui a obligé à recréer des sons d’oiseaux ou des nuées d’insectes). Mais il faut aussi s’arrêter sur le titre : « Libre Garance ! », comme si elle encourageait l’enfant – qu’elle a été, et tous ceux d’aujourd’hui – à surmonter ses peurs et à tracer son propre chemin.

Catherine Berranger

Libre Garance ! de Lisa Diaz. En salles le 21 septembre

En savoir plus:

https://www.la-croix.com/France/justice-rejette-lextradition-dix-anciens-terroristes-italiens-annees-plomb-2022-06-29-1201222582

 france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/morbihan/affaire-vincenzo-vecchi-le-militant-altermondialiste-refugie-en-bretagne-doit-etre-remis-a-la-justice-italienne-estime-la-justice-europeenne-2581608.html

https://www.unifrance.org/film/54106/libre-garance

 

 

 

 

 

 


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