Akeji, le souffle de la montagne.

Cela fait bien un mois que j’ai vu ce film et je sens encore ce souffle dans ma tête. J’ai autant aimé l’histoire racontée que la manière dont elle a été abordée, par un couple dont l’histoire d’amour a débuté en même temps que leur projet sur Akeji, immense artiste japonais considéré là-bas comme un trésor national.

Si cette idée a pu aboutir, c’est aussi et surtout grâce à l’adhésion du producteur rennais Gilles Padovani dont la société Mille et une. films https://www.mille-et-une-films.fr/ peut s’honorer d’une filmographie remarquable.

L’histoire a germé d’abord dans la tête de Mélanie Schaan. Son lien au Japon remonte à l’enfance, « avec ma rencontre avec Asahé, aux premières années de l’école primaire. Ses parents avaient été envoyés de Tokyo dans ma ville de banlieue parisienne pourvue d’une filiale de Toyota. Asahé était timide mais nous sommes vite devenues amies, dans une osmose telle que je parvenais à déchiffrer ce qu’elle peinait à dire en français. Je faisais office de traductrice en classe. Chez elle, j’ai découvert les origamis, le goût si particulier du miso et des algues. J’ai aussi senti une douceur, une délicatesse et une distance un peu mystérieuses dans chacun de ses gestes, chacune de ses réactions. Tout était différent et familier à la fois. Ses parents parlaient uniquement japonais : la mélodie de la langue et son écriture me fascinaient. Je pouvais passer de longues minutes à les écouter, à la regarder écrire. Puis son père a été muté, et nous nous sommes perdues de vue. Elle a disparu en me laissant une attirance singulière pour le Japon, une marque indélébile. Cette sensibilité initiale s’est épanouie avec la découverte des films d’Ozu, de Kurosawa, de Miyazaki, les livres de Taniguchi et Soseki, les poèmes de Buson… Malgré mon envie irrépressible de découvrir le pays, je me suis jurée de ne jamais y aller sans un véritable but. Tout s’est déclenché lorsque j’ai rencontré Corentin ».

Lequel ajoute « lorsque nous nous sommes connus, Mélanie m’a immédiatement parlé du Japon. De mon côté, je nourrissais une attirance profonde pour le voyage, les différentes cultures, et les autres modes de vie. Certaines rencontres m’avaient amené à me questionner sur les relations de l’homme avec son milieu. Avec Mélanie, nous nous sommes rendus compte que nous partagions de nombreuses passions. Nos parcours dans le cinéma étaient complémentaires ; nous nous sommes pris à rêver de projets communs. Et dans le même temps, nous sommes tombés amoureux ».

Ensuite, tout s’est passé avec une rapidité surprenante, ils ont découvert une toile et sont tombés sous le choc de la puissance qui s’en dégageait. Un trait calligraphique à l’énergie stupéfiante semblait avoir été jeté sur le papier en un seul geste. Derrière l’idéogramme, un fond coloré aux multiples nuances de bruns, de verts et d’ocres semblait invoquer la terre et les forêts. Au-delà du choc esthétique, une impression organique, quasi chamanique s’en dégageait.

Ils se sont renseignés et ont découvert que son auteur, maître Akeji, est un ermite descendant d’une lignée de samouraïs, qui vit retiré du monde. De grands noms collectionnent ses œuvres (Jacques Lacan, la famille Matisse, Peter Brook…). Pourtant, peu d’infos filtrent sur internet. Le duo a voulu en savoir plus. Heureux hasard, Akeji venait exceptionnellement à Paris pour une expo. Un contact leur a donné l’opportunité de le rencontrer. Contre toute attente, il a accepté l’idée d’un film – « son entourage pensait qu’il refuserait notre proposition car il avait décliné de nombreux projets par le passé » – et a inscrit une date pour leur première venue sur son grand agenda. Puis il est reparti dans sa vallée lointaine, rendant impossible toute communication. Nous n’avions plus le choix : il fallait donc être devant sa cabane le matin du 13 avril. Et d’ici là, élaborer notre projet de film.

Ils sont arrivés au Japon pour la première fois en avril, à la floraison des cerisiers. Ils dénichent une location à Kyoto, ainsi qu’une moto, et après 45 minutes de petites routes de montagnes, la vallée d’Himuro s’ouvre devant eux. « Nous sommes immédiatement saisis. Comme si la route sinueuse avait déchiré le tissu temporel. Akeji et sa compagne Asako semblent vivre ici depuis toujours, dans un monde à part. Ils ressemblent à ces arbres pluriséculaires qui surplombent leur cabane ».

Mélanie et Corentin ne parlent pas japonais mais Akeji a passé un an en France dans sa jeunesse. Ses connaissances de français leur permettent d’inventer un sabir commun, mâtiné de japonais (grâce à des dictionnaires) et d’anglais.
« Chaque journée commence par la cérémonie du thé : nous sommes tous les quatre assis en silence. C’est seulement à la fin du rituel que nous commençons à parler. Mais pas question de parler d’un plan de tournage. Nous racontons les livres que nous avons lus, les temples que nous avons visités. Akeji répond en commentant la direction du vent, l’éclosion des fleurs, le chant des oiseaux. Asako reprend ses occupations dans la cabane et Akeji nous emmène découvrir la vallée : un jour, le temple forestier, un autre les anciennes réserves de glaces de l’empereur, les endroits où il chasse le cerf, la rivière où il purifie ses toiles… Nous réfrénons notre envie de tourner des séquences, ce n’est pas encore le moment ».

Ce moment viendra. Heureusement pour nous ! C’est avec ces premières images qu’ils contactent Gilles Padovani. « Découvrir les images envoyées par Corentin et Mélanie m’a tout de suite donné envie de les rencontrer. Ils m’ont alors longuement et passionnément parlé de leur rencontre avec Akeji, des mois passés dans la vallée d’Himuro avec lui et Asako, de leur rapport au temps et à la vie que ces longs moments au plus près de la nature ont profondément modifié chez eux, de leur décision de quitter Paris, oppressante, polluée et de leur récente installation à Rennes. Et aussi surtout de ce qu’ils avaient filmé, de ce qu’ils pensaient devoir encore tourner. En voyant leurs images, je ne pus m’empêcher de penser au film que j’ai produit il y a quelques années Le complexe de la salamandre. Ce film plonge dans l’univers très personnel d’un artiste mutique dont l’œuvre est nourrie de la vision fantasmée de la nature qui l’entoure. Dans ce nouveau projet, la nature tient une place encore plus importante. Le rapport mystique d’Akeji (qui est shintoïste) à la nature fait que cette dernière sort de son rôle habituel de paysage pour devenir un véritable personnage. La relation entre ce couple et la vallée d’Himuro nous plonge dans un temps suspendu, un sentiment d’intimité, dans un Japon intemporel qui appelle à la contemplation. C’est une des forces de ces images, on sent qu’elles ont été faites avec beaucoup de sensibilité, de précaution, comme pour ne pas contrarier les esprits avec lesquels Akeji et Asako partagent la vallée ».

Pour rester conforme avec l’esprit de la Nature, les cinéastes ont bâti leur film sur une trame structurée en quatre saisons. Savez-vous qu’au Japon, un rituel accompagne chaque saison ? Au printemps, Hanami (« regarder les fleurs de cerisiers »), à l’automne, Momiji (« apprécier les couleurs des érables »), etc… Je ne spoilerai pas beaucoup en révélant qu’à l’hiver, Akeji et Asako ont quitté le monde visible. Maintenant que je vous ai alléché avec ces entretiens, il vous faut savoir où et quand découvrir l’univers d’Akeji!

Voici la liste des projections à venir.

À Paris : 27 novembre à 20h et 10 décembre à 17h au Centre Pompidou https://www.centrepompidou.fr/fr/programme/agenda/evenement/e4zgZyc

Clermont-Ferrand : 2 décembre à 18h dans le cadre du festival Traces de vie

En BRETAGNE

–       22 novembre à 20h30 à Séné (Médiathèque Grain de Sel)

–       23 novembre à 18h30 à Breteil (Médiathèque la Cédille)

–       24 novembre à 20h30 à Pleubian (Centre Culturel Le Sillon)

–       26 novembre à 20h30 à Pleucadeuc (Médiathèque)

–       27 novembre à 20h15 à Saint-Malo (la Grande Passerelle)

–       28 novembre à 17h à Plescop (médiathèque)

–       30 novembre à 20h30 à Thorigné-Fouillard (médiathèque Alfred Jarry)

À la télé : sur France 2, le 7 décembre à 20h30 (dans la case « 25 nuances de doc »)

Pour en savoir plus sur Corentin Leconte : http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_liste_generique/C_48565_F

Pour en savoir plus sur Mélanie Schaan : http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_liste_generique/C_102101_F

FACEBOOK: https://www.facebook.com/Akeji-Film-106224994551135

 Autre rendez-vous à signaler dans l’ouest : Didier Bénesteau, le passeur d’art, organise une exposition au musée d’art naïf de Laval où des œuvres d’Akeji seront présentées. Du 11 décembre au 27 mars. 

https://musees.laval.fr/manas/mes-rencontres

-exposition/

 

 


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