Sur le pont du Douron on y danse, on y danse… Euh, pas sûr ! Quoiqu’en cherchant bien, on devrait trouver un fest-noz dans les parages. Mais de quel pont s’agit-il ? Sa construction en 1934 mit un terme à une série de naufrages qui endeuillaient régulièrement l’estuaire du Douron, le petit fleuve côtier qui sépare le Finistère des Côtes d’Armor.

A sa droite : la Côte des Bruyères, qui s’étend sur Saint-Michel-en Grève, Saint-Efflam, et Plestin-les-Grèves. Vous imaginez la beauté des falaises couvertes d’ajoncs et de bruyères aux couleurs changeant au fil des saisons ? Imaginez aussi la beauté des couchers de soleil sur le site de la Lieue de Grève hélas mis en lumière pour d’autres raisons dénoncées courageusement par Inès Léraud et Pierre Van Hove dans « Algues vertes, l’histoire interdite » https://www.editions-delcourt.fr/bd/series/serie-algues-vertes-l-histoire-interdite/album-algues-vertes-l-histoire-interdite

À sa gauche, la pointe de Locquirec. Wikipedia m’apprend que cette « unité géologique du Massif armoricain est le résultat de trois chaînes de montagnes successives (coucou Nicolas Legendre et son Himalaya breton !  https://www.editionsducoindelarue.com/product-page/l-himalaya-breton). « Le site géologique de Locquirec se situe plus précisément dans un bassin briovérien au sud-ouest du batholite du Trégor, pluton qui fait partie d’un ensemble plus vaste, le batholite mancellien ». C’est fou, non ? Des fois que vous aimeriez en savoir encore plus, lisez les annexes. Si je vous raconte tout ça, c’est que ces vieilles histoires de la planète ont engendré un type de pierres particulières exploitées des millénaires plus tard pour édifier des châteaux, des manoirs, des chapelles, des églises, des fontaines, des villas, des pent-ty et de simples murets à la beauté singulière, propres à appâter le touriste. Celui-ci a déboulé au 19ème siècle, charmé par le « pauvre petit bourg de Bretagne », décrit ainsi par le romancier Pierre Zaccone en 1866 :

« C’est le plus délicieux pays pour ceux qui aiment la vraie mer, et la grande réconfortante solitude. À peine y vient-il, pendant la saison, huit ou dix baigneurs discrets qui se gardent bien de révéler le charme de cette fraîche oasis. La mer y baigne des coteaux boisés, dont la perspective s’étend à plus de dix lieues : on y trouve çà et là de petites criques au sable fin et doux, comme un tapis de mousse, ou encore des pointes de roches noires sur lesquelles les pointes des lames du large viennent se briser avec des bruits de tonnerre courroucé. En revanche… point de Casino ! »

Hé non, toujours pas de casino – ouf ! Mais Locquirec est devenue tendance et je vous incite à profiter de mes bonnes adresses (dénichées pour le Géoguide)

–       Le chic Grand hôtel des Bains, avec spa, restaurant et sublime terrasse sur la baie https://www.grand-hotel-des-bains.com/

–       Le restaurant du port pour déguster la cuisine très créative de Yannick Le Beaudour  http://www.hotelduport-locquirec.fr/

–       La crêperie des Algues 12, rue Pors ar Villiec, tél. 02 98 67 45 73

–       Le « Boui-Boui » (sic !) et d’autres adresses éphémères ou foodtrucks sympas, installés le long des plages où les surfeurs et kite-surfeurs s’éclatent.

–       L’incontournable café tabac Chez Tilly, ouvert 7 j / 7 pour le café du matin jusqu’à l’apéro du soir. 2, place du Port, tél. 02 98 67 44 44

–       Last but not least, l’épatante galerie de Réjane Louin pour les amateurs d’art contemporain http://www.galerierejanelouin.fr/

Poussez jusqu’à Saint-Jean-du-Doigt pour son enclos paroissial, un des plus beaux de Bretagne. Le patelin suinte l’ennui (*) mais il s’anime deux fois dans l’année : à la Fête du violon et surtout au pardon de la Saint-Jean (fin juin) même si ce n’est plus l’ambiance décrite par Gustave Toudouze dans « Reine en sabots » (1813)

« Et sur la mer s’avançait un groupe de barques pavoisées et fleuries venant de Locquirec, toutes bruyantes et débordant d’une allégresse dont les échos se répercutaient au loin dans les flots »

Revenons sur le pont. Imaginez que ce site de Toul-an-Héry était un port très actif au 18e siècle d’où l’on exportait céréales, chanvre et lin. Sur chaque rive, une succession de manoirs témoignent de ce riche passé. L’un d’eux accueillit Hoche, Foch et … Paul Gauguin. Sur le quai, la charmante crêperie de la mer (6 quai de Toul an Héry. Tél. 02 96 35 65 81) permet de prolonger le plaisir. Prenez la route de la Corniche (D42). Passez devant le Camping des Hortensias (j’adorais sa modestie et son cadre, j’ignore par qui il est tenu maintenant) et dirigez-vous vers les thermes gallo-romains du Hogolo. Découverts en 1892 et restaurés, ils permettent de comprendre le fonctionnement des bains entre caldarium, tepidarium et frigidarium (accès libre). Cela vous donne envie de vous baigner ? Si c’est marée haute, je vous recommande la plage des Curés.

C’est dimanche? Ne manquez pas le marché de Plestin, au pied de l’église (les yeux des connaisseurs repéreront des remplois de briques romaines dans le clocher du 16ème siècle). Vous y trouverez de magnifiques produits locaux, d’excellents plats préparés (tajine, couscous et le fameux kig-ha-farz d’Imogène Le Fartec) et des particularités locales, dont les savons artisanaux au caramel au beurre salé, les chaussettes de Locquirec (géniales pour la rando, semble-t-il) et le sel de Ty an holen (https://ker-mer.com/ty-an-holen/) , collecté dans le Marais breton et transporté à la voile (j’y reviendrai dans un autre billet). Autre passage obligé : l’Atelier de Christophe, pour ses pains et ses gâteaux à tomber https://latelierdechristophe.fr/

Avant de nous quitter, buvons un coup, buvons-en deux. Du cidre, ça vous tente ? Vous pouvez passer au Domaine de Kerveguen à Guimaëc pour acheter le même cidre qu’à l’Elysée. So chic mais aussi so expensive ! Gast, un passage à la télé et les prix décollent ! Retraversez le pont et filez à Trédrez-Loquémeau. La cidrerie de Gilbert Lavanant produit aussi un magnifique breuvage, dans le respect total de la nature et à prix très raisonnable (3,25€ la bouteille). Et là, arrive donc l’heure du fest-noz promis. C’est chaque année la nuit du 12 août. Yech’mat !

https://www.ouest-france.fr/bretagne/tredrez-locquemeau-22300/cidre-galettes-gavottes-et-fest-noz-se-melent-5917209

* Une amie, désolée par mon qualificatif sur Saint-Jean-du-doigt me donne plein de raisons pour contrecarrer le terme « ennuyeux ». En fait, il s’y passe plein de choses!  Voyez:
– la page Fb de la maison des peintres
– la salle Kasino
– les journées de Pont ar Gler
– le site de l’épatant artiste (et enseignant) Ricardo Cavallo
–  son école

ANNEXES sur la géologie (source Wikipedia)

L’histoire géologique du plateau du Trégor est marquée par le cycle icartien (de ca. -2 200 Ma à -1 800 Ma) dont la géodynamique est mal connue, et le cycle cadomien (entre 750 et 540 Ma) qui se traduit par la surrection de la chaîne cadomienne qui devait culminer à environ 4 000 m et regroupait à cette époque (avant l’ouverture de l’océan Atlantique) des terrains du Canada oriental, d’Angleterre, d’Irlande, d’Espagne et de Bohême. Cette ceinture cadomienne se suit à travers le Nord du Massif armoricain depuis le Trégor (baie de Morlaix) jusqu’au Cotentin. À une collision continentale succède une période de subduction de l’océan celtique vers le sud-est, sous la microplaque Armorica appartenant alors au supercontinent Gondwana. Des failles de direction N40°-N50°enregistrent un raccourcissement oblique, orienté environ NNE-SSW. Cette tectonique régionale entraîne un métamorphisme à haute température et basse pression. À la fin du Précambrien supérieur, les sédiments briovériens issus de l’érosion rapide de la chaîne cadomienne et constitués de dépôts volcano-sédimentaires sont ainsi fortement déformés, plissés, formant essentiellement des schistes et des gneiss. Les grands traits de l’évolution géologique du territoire sont alors fixés. L’altération a également transformé les roches métasédimentaires en formations argilo-sableuses. Enfin, au Plio-quaternaire, les roches du substratum sont localement recouvertes par des dépôts récents issus de l’action du vent (lœsslimons sur les coteaux).

La région est ainsi formée d’un plateau constitué de la formation de Locquirec, longues bandes redressées à la verticale, orientées toujours 50° NE, qui se décompose en trois unités à caractère volcanoclastique plus ou moins marqué : tufs kératophyriquesgrès volcano-clastiques, siltites et argilites. Ces roches résultent de la subduction d’un domaine océanique vers le sud-est sous la marge nord du Gondwana, entraînant un métamorphisme à haute température et basse pression (subduction engendrant un bassin intra-arc ou une zone de chevauchement, les deux hypothèses restant débattues).

Pétrographiquement, la « pierre de Locquirec » est une roche volcano-sédimentaire correspondant à des tuffites chloriteuses grossières qui donnent des lauzes, pierres naguère très recherchées mais désormais uniquement utilisées en matériau de récupération. L’orthogneiss monzogranitique du Moulin-de-la-Rive donne des affleurements le long de la falaise côtière et sur l’estran marin depuis la grève de Poul Rodou jusqu’à la pointe du Corbeau. Témoins de la chaîne icartienne, ces gneiss mylonitisés constituent un soubassement sur lequel se dépose la formation volcano-sédimentaire briovérienne de Locquirec.


2 commentaires

Catherine BERRANGER · 10 mars 2021 à 13 h 40 min

Merci pour cette belle balade !

Jean-Yves · 10 mars 2021 à 23 h 36 min

Une petite rectification : le pont de Toul an Héry a été inauguré le 02 septembre 1934.

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