Ah, le carnaval… Il me semble que j’ai découvert ce mot, enfant, quand des gens disaient « il – ou elle – se croit au carnaval », face à quelqu’un habillé de couleurs vives et un peu provocantes. Moi je trouvais ça plutôt sympa, voire courageux de se foutre du regard des autres. Au fil des ans, j’ai appris que le carnaval est lié à la fête chrétienne de Mardi gras, jour de début de Carême où on ne devait plus manger de viande (du latin, « carnevale », composé de carne, la chair et levare, enlever). Quarante jours de jeûne en référence aux quarante jours que Jésus passa dans le désert. Le mardi était donc la dernière occasion de « festoyer » avec des aliments gras (d’où les beignets, les bugnes, etc…). Une manière aussi pour l’Eglise de récupérer les fêtes saturnales des Romains et les fêtes dionysiaques en Grèce, liées aux cycles saisonniers et agricoles. Pour les Bretons et les Normands, cette période lançait la saison des grandes pêches à Islande ou à Terre-Neuve. Les hommes qui avaient mis dans leur paquetage leurs quelques vêtements n’avaient plus qu’à enfiler les robes de leurs mères ou de leurs compagnes et faisaient une fête du feu de Dieu. D’autant plus qu’on leur avait attribué une partie de leur solde et qu’ils n’étaient pas sûrs de revenir ! Voilà pourquoi le carnaval prit une dimension particulière dans les ports et que la tradition s’est maintenue à Douarnenez, Granville, Dunkerque… Mais cette année, Covid oblige, on ne fera pas « chapelle » dans la ville du Noooord. Je me console en relisant l’article que je lui avais consacré il y a deux ans. https://www.unidivers.fr/carnaval-de-dunkerque-entrez-dans-la-chapelle-embrassez-qui-vous-voudrez/

Annulé partout. Même à Binche, on fait grise mine, lis-je dans le presse belge https://www.lavenir.net/cnt/dmf20210215_01555082/plus-oultre-le-documentaire-qui-devoile-le-carnaval-de-binche-sous-toutes-ses-coutures

C’est ainsi. Cette année, on le fera à travers les documentaires (ou, plus intello, en relisant Mircea Eliade*- ne vous tracassez pas, moi non plus, je ne comprends pas tout ce qu’il dit !)  et dans nos rêves – alimentés pour ma part de mes souvenirs de Rio, Salvador de Bahia, Fort-de France…  Mais… que me dit-on dans l’oreillette ? Mille personnes ont défilé dans les rues du Lamentin ! Préfet pas content mais foule bon enfant. Pa molli, les zamis !

https://www.lindependant.fr/2021/02/16/mardi-gras-en-martinique-plus-de-1000-personnes-fetent-carnaval-malgre-linterdiction-9376944.php

J’en vois certains qui vont dire « quoi, tu parles pas de Venise !? ». C’est vrai, j’y suis allée plusieurs fois avec une bande d’amis qui bossaient à l’Opéra, au Ministère de la Culture ou dans des théâtres, où ils empruntaient des tenues extraordinaires – sur la photo, Patrick Dupond https://www.europe1.fr/medias-tele/134-fractures-la-main-arrachee-le-danseur-patrick-dupond-raconte-son-grave-accident-de-voiture-3931476 ne jouait pas le jeu ! Moi je faisais modestement petit page enrôlé dans leurs cours seigneuriales. Notre bonheur s’est érodé avec l’évolution de ce carnaval devenu davantage un safari photo, avec des branleurs qui s’approprient le territoire devant leur objectif. Et puis le sida a éclairci nos rangs. Maintenant, c’est le covid. Le roi Carnaval est mort. Vive le roi ? 

 

 (*) Selon Mircea Eliade, historien des religions: « Toute Nouvelle Année est une reprise du temps à son commencement, c’est-à-dire une répétition de la cosmogonie. Les combats rituels entre deux groupes de figurants, la présence des morts, les saturnales et les orgies, sont autant d’éléments qui dénotent qu’à la fin de l’année et dans l’attente du Nouvel An se répètent les moments mythiques du passage du Chaos à la Cosmogonie ». Egalement : « L’abolition du temps profane écoulé s’effectuait au moyen des rites qui signifiaient une sorte de « fin du monde ». L’extinction des feux, le retour des âmes des morts, la confusion sociale du type des Saturnales, la licence érotique, les orgies, etc. symbolisaient la régression du Cosmos dans le Chaos ».

Les masques prennent les caractéristiques des êtres surnaturels qui sont les démons et les esprits des éléments de la nature, c’est pourquoi la masque a une fonction apotropaïque. À la fin, le temps et l’ordre du cosmos, bouleversés pendant le carnaval, sont reconstitués (nouvelle création, nouvelle cosmogonie) par la cérémonie de la lecture du « testament » et par les « funérailles » du carnaval qui souvent consistent en la brûlure du « Roi Carnaval » représenté par un mannequin ou une poupée de chiffon.

 

 


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