L’événement qui devait se dérouler en 2020 a ouvert ses portes un an plus tard, avec la même question qui nous préoccupe tous et notamment les architectes : « Comment vivrons-nous demain ? ». Question lancée par Hashim Sarkis commissaire de la 17e édition de la Biennale d’architecture. J’imagine qu’entre le moment où il a choisi cette thématique et l’ouverture de la Biennale, son espoir s’est assombri – l’explosion du 4 août 2020 est passée par là.

 De toutes façons, la réponse est plutôt : « pas très bien » … et avec un gros mal de crâne à la sortie des « Giardini », cœur de la Biennale où les participants répondent « avec un salmigondis de propositions purement digitales, à base de QR codes, de vidéos et d’interminables textes à décrypter. Même avec les outils du numérique, montrer l’architecture demeure une gageure… », selon un confrère. Le pavillon français ne fait pas exception – pourtant, Dieu sait si le travail de Christophe Hutin est passionnant (voir https://www.amc-archi.com/article/biennale-de-venise-2020-christophe-hutin-commissaire-du-pavillon-francais,10871 )

On a envie d’un peu de silence ! C’est précisément ce qui frappe avec l’expo du Liban au Grenier à sel ( https://www.lemoniteur.fr/article/biennale-de-venise-un-toit-de-silence-pour-le-pavillon-du-liban.2146954). De l’intériorité. De la sobriété.

On a aussi aimé apprendre (à l’Arsenal) que l’extraordinaire immeuble édifié par Hala Warde à Beyrouth est un des rares à avoir résisté à la catastrophe

https://www.parismatch.com/Actu/International/Stone-Garden-l-immeuble-vert-qui-a-resiste-a-l-explosion-de-Beyrouth-1708101

La résistance à ce tout-numérique s’observe aussi avec bonheur dans les pavillons scandinaves, notamment celui que Sverre Fehn a conçu en 1962 https://fr.wikipedia.org/wiki/Sverre_Fehn. Le pavillon danois fait du bien aussi car il propose de se déchausser pour un bain de pied (bienvenu par ces fortes chaleurs !) dans un ruisseau sillonnant une sorte de tangue ; il applique le principe du « hygge » ( https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2016/10/15/le-hygge-recette-danoise-du-bonheur_5014226_4497916.html) en offrant une infusion à base de plantes qui occupent ses murs. Dans un autre esprit, le pavillon finlandais dessiné par Alvar Aalto réinvente la typologie de la petite maison en bois avec une expo dédiée aux maisons en kit Puutalo. « Imaginées en 1940 pour les réfugiés de la Seconde Guerre mondiale, ces habitations ont été exportées dans plus de 30 pays, d’Israel à la Colombie, où certaines sont encore debout et habitées comme le montre une série de photos passionnantes sur la façon dont leurs occupants les ont personnalisées au fil des décennies ».

Sobre également, le pavillon étasunien, confié au duo d’architectes de Chicago Paul Andersen et Paul Preissner, montre la maestria des charpentiers (90 % de la construction de maisons particulières dans ce pays). Devant le pavillon, on peut escalader une immense structure en pin pour admirer le point de vue unique sur Venise et ses Giardini.

Pas très loin de là, l’architecte chilien Alejandro Aravena (ancien commissaire de la Biennale) a conçu une immense structure en bois où il fait bon déambuler.

Du bois encore, traité de façon fort émouvante par Jo Nagasaka au pavillon japonais : il s’agit d’une maison des années 50, démontée et mise en scène pour nous interroger sur le réemploi des matériaux au temps de la raréfaction des ressources.

Chaque pays aborde des sujets qui lui sont propres : les « common lands » pour les Britanniques, les effrayants élevages industriels au pavillon d’Israël (https://www.archdaily.com/962011/israel-pavilion-at-the-2021-venice-biennale-highlights-the-impact-of-agriculture-on-communities-landscapes-and-fauna)

, l’église anglicane du pavillon dominicain avec ses panneaux en feuilles de tabac. Mention spéciale au cheminement le long des frontières pour les Suisses (arch. Mounir Ayoub et Vanessa Lacaille) : les récits des habitants interrogés sont exprimés sous forme de maquettes très low-tech qui m’ont rappelé notre production à l’école d’architecture de Rennes dans les années 1970. Autre « madeleine de Proust » pour moi : le pavillon ouzbek avec ses tubes qui esquissent la silhouette de maisons traditionnelles, la « Mahalla ». J’en profite pour remercier le très aimable médiateur de ce pavillon pour les beaux ouvrages qu’il m’a offerts. Par extension, je salue tous les autres porteurs du T-shirt floqué « Ask me », pour leur compétence, leur gentillesse et leur caractère extrêmement attentionné.

Viva Italia ! Viva la Biennale !

 

Dans mon prochain billet, je parlerai des autres expos liées de près ou de loin à la Biennale mais dans la ville – les palais, magasins, fondations, tout le monde s’y met… sauf Pinault (la Dogana et le Palazzo Grassi sont fermés car les pièces sont parties à Pariggi… et à Rennes !)

 

 


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