Arrêtez de me harceler, chers lecteurs-trices fidèles ! « Ben quoi, tu n’as rien publié depuis trois semaines… Tu dors ? ». Que nenni ! Mais vous le savez, c’est dur d’être au four et au moulin. Et j’écris. Très occupée à rédiger le « Côtes-du-Nord d’antan » pour Hervé Chopin https://www.hc-editions.com/. La double page consacrée aux moulins m’intéresse particulièrement en tant que fille de meunier. Certes, mon père s’était reconverti dans l’alimentation du bétail (un classique des années 60). Tellement désolé de voir sa minoterie désaffectée, il réfléchissait à la manière de donner une nouvelle vie à ces murs et nous emmenait souvent le dimanche visiter des moulins transformés en restaurants, en hôtels … ou en boites de nuit ! Le must du canton étant le cas d’Ar Milin à Châteaubourg qui organise le formidable festival de sculptures Jardin des Arts https://www.chateaubourg.fr/le-jardin-des-arts/

Au fait, pourquoi parle-t-on d’être au four et au moulin ? L’expression date du XVII e siècle et viendrait du fait que les paysans allaient d’abord au moulin avant d’aller au four. Impossible d’être aux deux à la fois ! D’où cette exhortation à se consacrer à une tâche avant d’en entreprendre une autre. Je vais donc en tenir compte. Dès que j’ai fini ce bouquin, je m’attaque à un documentaire sur les moulins. Car il y a une actu très préoccupante avec « la continuité écologique », un principe qui aboutirait à la suppression des retenues d’eau. Or, qu’est-ce qu’un moulin sans cela ? (lire cet article de 2021 :

https://www.letelegramme.fr/dossiers/moulins-et-continuite-ecologique-qui-menace-qui/courants-contraires-pour-les-proprietaires-de-moulins-31-01-2021-12696904.php#:~:text=Un%20r%C3%A9cent%20d%C3%A9cret%20a%20raviv%C3%A9,L’obligation%20fait%20des%20remous.)

Je reviendrai sur le sujet. En attendant, je vous livre en avant-première le texte sur les moulins des Cötes-du-Nord (écrit comme si j’étais au début du XXe siècle), le bulletin des Amis des Moulins de Loire-Atlantique (vous en avez forcément croisé sur la route des vacances) et quelques photos prises à Rennes, à Huelgoat, à Fougères, à Vitré, à Cherrueix, à Genêts et même à Cahors ! Vous voyez, je ne dors pas !

MCB

En prime, je vous offre cette très lyrique « belle meunière » de Franz Schubert 

Texte sur moulins des Cotes d’Armor en 1900

« Depuis des siècles, les ailes et les roues tournent afin que la communauté obtienne son pain quotidien. Souvent marin et paysan, le meunier dormait dans son moulin en période de vent pour travailler de nuit comme de jour.  Il n’était pas toujours question d’argent … mais de blé assurément ! L’usage était que le meunier prélève environ 10 % des céréales qu’il écrasait pour les revendre aux familles qui n’en avaient pas.

Dans les Côtes du Nord, en raison du dense maillage de rivières qui facilitent la production d’énergie hydraulique, les moulins à vent tendent à disparaitre. Mais Il en reste un à cinq étages aux Bas-Foins, à Léhon, auprès de Dinan. Il a encore ses ailes en toile mais ne va pas tarder à s’équiper d’ailes Berton, système inventé au milieu du XIX e siècle, avec des planchettes superposées dont le glissement permet de passer d’une position fermée à une position ouverte. Bien plus facile à manœuvrer ! D’une hauteur moins spectaculaire, le moulin de Craca l’est davantage par son site dominant la mer – et servant aussi d’amer- sur la baie de Paimpol. Il a été construit en 1844 pour compléter les besoins de Plouézec… qui en compte maintenant douze !

Depuis le Moyen-âge, les roues tournaient aussi pour fouler l’étoffe ou pour tanner les peaux. Le plus vieux document attestant de cette activité dans notre département fut rédigé en 1083 par le comte Geoffroy de Penthièvre à destination des moines de Marmoutier, leur attribuant une moitié du moulin de Lamballe, le seigneur conservant l’autre. Il en fut ainsi jusqu’à la Révolution : les moulins appartenaient essentiellement au clergé et à la noblesse.

On ne compte pas ceux qui jalonnent les berges du Gouessant, du Trieux, du Léguer ou du Guic ! Dans les rias soumises à la marée, telle l’Arguenon, de nombreux conflits éclatent sur l’usage de l’eau : les moulins en amont accusent ceux en aval de les inonder et de les empêcher de fonctionner. Ces querelles disparaitront avec le remplacement des petits édifices par de grandes unités modernes comme celle en construction à Plancoët en 1913. Avec les ponts reconstruits au XIX e siècle et l’arrivée de l’électricité en 1905, la commune a bien pris le virage de la modernité.

Pour se rire des aléas climatiques, il est fréquent de pratiquer la complémentarité eau et vent et sur les berges des fleuves côtiers, les moulins tirent parti de la force des marées depuis des lustres. Un premier moulin fut construit sur la digue entre Trégastel et Perros-Guirec dès 1375. L’actuel date de 1764.  Celui de Birlot à Bréhat fonctionne depuis le XVIIe siècle, comme Traou Meur à Pleudaniel. À la Vicomté sur Rance, deux roues à aubes font tourner trois paires de meules au moulin du Prat. En face, à Plouer, on a profité de la destruction de la digue en 1830 pour l’agrandir et augmenter la surface de l’étang. En 1902, Ernest Burgot a encore développé la minoterie désormais dotée d’un moteur hydraulique de 55 ch ».


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