Le Morbihan et moi, c’est une longue histoire. Je ne résiste pas à l’envie de vous raconter des souvenirs de jeunesse et même à remonter au début du XX e siècle. Non, je ne suis pas si vieille ! Mais j’ai eu beaucoup de plaisir à me plonger dans l’histoire de ce département pour préparer le livre « Morbihan d’antan » (HC éditions).

C’est passionnant de se pencher sur le passé mais j’aime aussi travailler sur l’époque actuelle. Quel bonheur d’écumer les routes du département pour visiter ses chapelles, ses châteaux, ses églises, ses musées, ses ports et les villes, petites et grandes, sur la côte ou à l’intérieur des terres. Quel bonheur aussi de prendre un bateau vers les îles ! Quel bonheur surtout de rencontrer les gens qui y vivent et y travaillent. Restaurateurs, artisans, artistes, pêcheurs, bistrotiers – tout un (beau) monde à retrouver dans divers reportages que j’ai faits pour Bretagne Magazine et de déplacements sur le terrain pour le Géoguide. Pour sa déclinaison « Coup de cœur », on ouvre chaque département par une double-page d’entretien avec une personnalité qui livre ses bonnes adresses. Pour la première édition, ce fut avec Patrick Lévy, directeur du tourisme 56. Pour la deuxième, j’ai interrogé Djemel Mokkadem, journaliste multi media qui m’a épatée par l’originalité de ses propositions (notamment le Vieux Trussac à Vannes, le Contretemps et le Yac’h à Auray, le festival du film insulaire à Groix, la fête d’automne de Peillac, etc…)

Mais revenons à mon enfance. À l’époque, nous nous rendions régulièrement en famille à Vannes. En chemin (depuis Louvigné-de-Bais), nous faisions toujours un stop à Rochefort-en-Terre. Une balade dans la ravissante cité. Une galette, une crêpe, et hop, on remontait dans la DS ! J’adorais aller chez mes cousins. D’une part pour leur merveilleuse maman, ma tante Jeanine, et aussi pour les baignades à Conleau. Bien sûr, j’ignorais totalement l’histoire de cette micro station balnéaire. Je l’ai découverte en travaillant à la rédaction de l’ouvrage sur le Morbihan dont je vous livre un extrait du chapitre consacré au tourisme au début du XXe s siècle (le principe de cette collection est de livrer l’histoire en se mettant dans la peau d’un observateur de l’époque des prises de vue. Un exercice de style que j’adore !)

Bonne lecture !

 

« Quand ils ont commencé à fréquenter nos côtes pour prendre des bains de mer, les riches oisifs nous ont fait sourire. Mais quand on a vu que leur besoin de loisirs complémentaires les amenait à construire des casinos et des villas, on a savouré l’aubaine ! Nos entreprises de bâtiment ont prospéré. Nos enfants ont trouvé du travail en été. Bref, on est enchantés. Un des cas les plus spectaculaires d’aménagement est sans doute celui de Conleau. Au départ, c’est une pinède de 5 ha. En 1877, François-Marie Rouillé et Jean-Baptiste Pavot l’achètent pour en faire une station balnéaire et ils ne mégotent pas : en plus du casino, d’une salle de bal, de l’hôtel Beauséjour, de restaurants, de cafés, ils édifient des chalets en bois achetés lors de grandes expos internationales. Le plus spectaculaire est la construction d’une retenue d’eau qui permet de se baigner, même à marée basse. Ils dépensent sans compter. Les pouvoirs locaux ne les suivent pas dans le financement de la digue qui relie l’île au continent. C’est la banqueroute. Ruinés, les deux associés ont dû vendre leur propriété en parcelles. Reste un lieu au charme fou où on rêve de se poser à la terrasse d’un café (on l’appellerait le Corlazo ?)…

Un autre entrepreneur vannetais s’est distingué dans la conquête du marché lié au tourisme. L’idée de rallier Vannes à Sarzeau en omnibus a germé dans le cerveau du grainetier Eugène Josso. Deux véhicules à vapeur, nommées la Bretagne et la Parisienne sont lancés en 1900, provoquant l’admiration ou l’agacement, et surtout un gros nuage noir dans son sillage ! Les routes sinueuses et étroites ne permettent pas le croisement avec un équipage à cheval. Mais bon an, mal an, on est bien contents une fois qu’on est arrivés à la plage de Port-Maria à Saint-Gildas-de-Rhuys ou à celle de Fogeo à Port-Navalo !

Pour qui rêve de robinsonnade, le Morbihan offre un choix d’îles exceptionnel. Avec le vapeur Saint-Hubert ou un passeur, on se rend sur l’île d’Arz, à la pointe du Brilic sur l’île-aux-moines ou, hors du golfe. Le port du costume de bain est loin d’être pratiqué sur la plage de l’est à Houat qui déploie deux kilomètres de sable fin. Alors on se réfugie à Belle-île qui cache plein de criques parfois difficiles d’accès mais ô combien exotiques ! Et puis, sans vouloir faire le coureur de célébrités, on aime bien l’idée de croiser peut-être Sarah Bernhardt sur la plage des Poulains à Sauzon. Tout comme elle, nous puisons « sous son ciel vivifiant de nouvelles forces artistiques ».

 


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