Chaumont-sur-Loire, utopie artistique sur la butte

 

Sur la route des vacances, j’ai comblé cette année une grosse lacune : aller au château de Chaumont-sur-Loire. En fait, j’y étais allée enfant, en famille, mais le lieu n’a plus rien à voir avec mes souvenirs ! Et pour cause, acquis par la Région Centre en 2007, le Domaine de Chaumont joue (brillamment) sur trois tableaux : le patrimoine, les jardins et l’art.

Dans ce lieu atypique, sorte “d’utopie artistique”, multidisciplinaire et multisensorielle, avec une programmation exigeante, des publics différents, de tous pays et de toutes générations, experts et non experts, se retrouvent et se croisent sans s’exclure, y compris dans le village https://chaumontsurloire.fr/. En effet, quand on le traverse, on sent tout de suite que le goût de la beauté et des plantes a outrepassé les grilles et les murs du château.

Si le Festival international des jardins porte sa réputation… à l’international donc, il offre aussi aux visiteurs la possibilité de découvrir l’histoire des lieux, dédiés à la création, à l’imagination, à la poésie et à la nature. Le hasard (faisant toujours très bien les choses) m’avait amenée à réserver une chambre d’hôtes à proximité, tenue par un couple (aussi gai que gay) dont l’un d’eux est guide au château. Alors j’ai pu prolonger le plaisir de ma visite au cours d’un apéro tout aussi prolongé dans leur jardin (merci encore à Marc et Flo !) https://www.leshotesdechouzy.com/

 

Mais revenons au festival. En 29 saisons, près de 800 jardins ont été créés, prototypes des jardins de demain, à la fois mine d’idées et pépinière de talents. Cette 29ème édition est placée sous le thème des « Jardins de la Terre – Retour à la Terre Mère », référence à Gaïa, la Terre-Mère de l’Antiquité grecque. Pour la 7ème fois depuis la création du festival, des prix sont attribués aux équipes de concepteurs souvent jeunes et toujours talentueux. Le jury, composé d’artistes, de paysagistes, de journalistes, de critiques d’art, de pépiniéristes et de jardiniers, s’attache à prendre en compte tous les aspects de chaque jardin. Je vais donc m’appuyer sur cette sélection pour vous présenter quelques jardins – mais tous valent la découverte !

Le prix de la Création récompense le jardin « Solstice » réalisé par Nicholas Tomlan. Avec un muret de fausses ruines, le concepteur franco-américain fait référence au site mythique grec de Delphes. Une rigole traverse le jardin planté de graminées et de bouleaux comme une ligne de vie.

Le prix Design et idées novatrices récompense le jardin « Drôle de Trogne » de Soline Portmann et Romuald Bardot. L’équipe française a joué avec le « trognon » (en vrai, on dit trogne) des arbres taillés régulièrement à la même hauteur, symbole d’une harmonie possible entre l’homme et la nature.

Le prix Palette et harmonie végétales récompense « Le jardin Moray » qui m’a particulièrement plu parce que les concepteurs belges Marie Preux et Florent Kouassi y font référence au jardin inca, le « moray », composé de terrasses permettant de créer différents microclimats.

Le prix Jardin transposable récompense le jardin « On récolte ce que l’on sème » de Baptiste Gérard-Hirne, Emma Morillon et Philippe Allignet. L’équipe française offre une déambulation de saule tressé vivant, passant de l’agriculture mono-plantes à une nature luxuriante.

 

Je rejoins le choix du jury qui a décerné deux coups de cœurs à « Régénération » de Catherine Baas, Jeanne Bouët et Christophe Tardy (une création très graphique avec des arbres en pots bleus) et au jardin « Dans les Yeux de Mère Nature » des hollandais Mark van der Bij et Louise Mabilleau, Karin ven Essen et Thyra Bakker – où l’on entre par des palissades de bois brulés obligeant à regarder vers des monocultures de graminées, méprisant les sols et anéantissant des siècles de vie et de savoir-faire.

Le jury a également décerné une mention spéciale pour les jardins manifestes « Planète fleurie » des Chinois Sau Yin Wong et Pak Chuen Chan et « Paysage de Feu » des Brésiliens Carlos M. Teixeira, Daila Coutinho et Federico Almeida. Les premiers offrent une représentation de la planète terre dans sa forme minimale, une sphère en terre où s’appuie une échelle qui permet d’embrasser le jardin d’un coup d’œil circulaire. Les deuxièmes nous interpellent sur une autre disparition inexorable et moins connue que celle de la forêt amazonienne : celle du Cerrado, symbolisée par un alignement d’arbres calcinés, un « jardin botanique posthume »

 

Sans doute hors-concours car conçu par Chantal Colleu-Dumont (directrice du domaine et du festival) et par Bernard Dupuis (paysagiste du domaine) m’a beaucoup amusée avec sa manière de revisiter le mandala et la permaculture à coup d’une pyramide de bouteilles bleues. J’ignore quel vin elles contenaient mais s’ils recommencent l’opération l’année prochaine, je veux bien m’inscrire à l’atelier « on vide tout » !

 

 

En plus du festival des jardins, le château offre d’autres belles découvertes, comme un surprenant château d’eau du XIXe siècle, dans le parc ponctué de magnifiques arbres. Les communs et l’intérieur du château abritent de sublimes oeuvres :  dessins, gravures et sculptures de Giuseppe Penone, impressionnantes installations du malgache Joël Andrianomearisoa, les « paysages révéléss » de Philippe Cognée, les « livres cristallisés » de Pascal Convert, les herbiers fantastiques de Marinette Cueco, la bibliothèque végétale de Makoto Azuma, les cristaux de Léa Barbazanges, les oiseaux en bois de Wang Keping, les troncs sculptés par Marc Nucera, une splendide installation de Sophie Lavaux dans la tour de Diane et une autre tout aussi remarquable d’Isa Barbier – on se souvient de la belle manière dont elle s’était emparée de la chapelle des 3 Cha à Chateaugiron (35)

 

Vous l’aurez compris, pour tout voir (ou presque) vous pouvez passer une journée à Chaumont. D’autant plus que sur place, il y a aussi plusieurs restaurants.

Le festival dure jusqu’au 1er novembre. D’ici là, le domaine propose aussi :

–        Les Botaniques de Chaumont-sur-Loire, rencontres et exposition-vente de plantes produites par quelque 30 pépiniéristes producteurs, samedi 19 et dimanche 20 septembre 2020

–        Quand fleurir est un art… Cinq jours d’émerveillement floral du 9 au 13 octobre 2020

 

Toutes les infos (et plus de photos) au 02 54 20 99 22 et sur www.domaine-chaumont.fr

 


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