Aujourd’hui, c’est lundi. Mais pas ravioli. C’est pizzaaaa ! Celle livrée chez Annie Toussaint qui nous écrit de Morlaix. Elle a ajouté à sa lettre un clip épatant, trouvé sur la page de Clémentine Page – une production de « Family Yal ».

MCB

Confinement, jour J0 + ??? Je ne sais pas, j’ai un peu perdu la notion des jours.…

Natation, répétitions musicales, marché… : les repères temporels qui structuraient ma semaine ont disparu. J’ai plongé dans un temps inconnu, une vacance imposée, finalement un précieux temps qui m’a été donné, hors travail habituel : celui-ci m’a abandonnée sitôt le confinement prononcé. Réunions et commandes annulées. Fort bien. Du temps rien que pour moi. « Du temps pour faire, ou ne rien faire », comme me l’écrit justement une amie. Quel luxe, dans les conditions privilégiées qui sont les miennes : grande maison, grand jardin, murs tapissés de bouquins, et sous la main instruments de musique, crayons, papiers…

 

Délestée de toute culpabilité à l’idée de ne pas me démener pour trouver du travail rémunéré – le temps n’est pas à la demande de prestations rédactionnelles – j’ai plongé dans les multiples carnets et sur les pinceaux pour réaliser un petit carnet de voyage dans le pays de mon enfance.

 

Puis un autre, où j’ai compilé en vrac et en noir et blanc quelques obsessions récurrentes.

 

Pas ou peu de voitures, silence. Dans le jardin, les oiseaux s’en donnent à cœur joie. Recluse en cet espace, je prête une attention accrue aux variations météorologiques, aux ambiances, aux senteurs : oui, la mer est toute proche, mais on n’a pas le droit d’y aller.

 

Pâques,

soleil dans le jardin,

puis la brume de mer,

froide, salée,

apporte l’odeur de la mer interdite.

 

D’ailleurs, maintenant que le déconfinement se profile, une pétition circule sur internet. Comment se fait-il qu’on ait le droit d’aller côtoyer nos semblables dans les supermarchés, tandis que nos plages et sentiers de randonnée littoraux ne nous sont pas accessibles ? En mai, quand on va à la pêche aux araignées, y’a pas foule sur la plage, habituellement. Alors quoi, nous ne serions pas capables de nous gérer de façon responsable ? Faut croire que non, selon les autorités.

 

Bon, finalement, j’attaque ce tas immémorial de recettes de cuisine. Trois jours de tri. Mais en contrepartie, des idées à la pelle : voici un truc hyper facile pour éblouir visuellement et gustativement vos convives déconfinés. Mélangez une tablette de chocolat blanc fondu à un gros pot de fromage blanc fouetté un brin salé. Coupez des fraises en deux, dans le sens de la longueur, tapissez-en le fond et les côtés d’un moule à cake, côtés coupés apposés sur les bords, côtés bombés à l’intérieur. Rangez-les bien côte à côte, ça n’en sera que plus joli au démoulage. Au milieu du moule ainsi tapissé, étalez une couche de chocolat/fromage fouetté, puis une couche de morceaux de fraises (éventuellement accompagnés de feuilles de menthe ciselées), puis une seconde couche de chocolat/fromage fouetté. Saupoudrez le tout de biscuits secs écrasés. Placez au réfrigérateur pendant quelques heures. Démoulez en retournant sur un plat. Décorez de quelques feuilles de menthe ciselées. Nous confinons à trois, à la maison. Le trio a adoré ce dessert si addictif que je l’ai refait trois fois de suite, c’est dire !

 

Le déconfinement se profile. Le retour à la vie ordinaire. Retrouver une liberté de déplacement sera certainement bienvenu, plus encore pour les parents et enfants maintenus en appartement, et plus encore pour les foyers en tension. Mais de ce moment je me rappellerai les appels téléphoniques des uns aux autres, voisins, amis pas vus de longue date : ça va ? Oui, et toi, ça va ? Des blagues idiotes échangées sur les réseaux sociaux, juste histoire de maintenir le lien. Notamment cette excellente petite vidéo familiale, hi hi !

https://vimeo.com/410666858?fbclid=IwAR0Ah6LomBf2DLfFOivenIKI-TkSfBatcFQ9HQh3SATqLEsrKtju9bjKU-c

 

Je me souviendrai de la consommation réduite au minimum. De la voiture laissée plusieurs semaines de suite à l’arrêt. De l’attention soutenue portée à ceux touchés parfois gravement par le microscopique et féroce ennemi. Du regard social nouveau porté aux autres invisibles, premiers au front, soignants certes, mais aussi employés des pompes funèbres, éboueurs, agriculteurs, commerçants…, habituellement si peu considérés au regard du dieu Profit Maximum.

J’espère que de ce moment, nous saurons faire perdurer la valeur du lien, de la proximité, du local, du temps donné pour être, ressentir, observer, créer… Que nous serons incités plus que jamais à soutenir tout ce qui va en ce sens : l’achat direct au producteur, au petit commerce artisanal, le soutien au festival culturel local, l’apéro avec le voisin, l’attention portée à la personne, aux proches. J’espère que de ce moment, nous saurons garder le souvenir de la lenteur, du silence, de la simplicité. 

 

A.T.


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