Bruno Collet

La semaine dernière, j’ai eu la joie d’apprendre que « Mémorable », le sixième court métrage d’animation de Bruno Collet était nommé par The Academy of Motion Picture Arts and Sciences (avec quatre autres courts métrages d’animation) après avoir été « shortlisté » le 16 décembre avec dix autres films.

Lors de la première mondiale au Festival International du Film d’Animation d’Annecy en juin 2019, ce film a reçu trois prix dont le Cristal du court métrage. Il était donc automatiquement éligible à l’Oscar 2020 du court métrage d’animation (un nombre record de plus de 90 films courts animés étaient en lice lors du premier tour des votes).

Le sujet me touche particulièrement parce qu’il aborde la maladie d’Alzheimer. Le regard singulier du film connaît un engouement formidable dans les festivals internationaux : il a, à ce jour, reçu 41 distinctions dont 18 prix du public.

Bravo et compliments à Bruno Collet que j’ai eu le bonheur de recevoir à Pont-Scorff lors de l’événement que j’organisai « Autour de Jean-Pierre Le Bozec ». Voici ce que Bruno en disait :

Jean-Pierre Le Bozec Papy le jardinier

« C’est aux Beaux-Arts de Rennes, à l’abri des murs d’un ancien couvent, que nous avons planté nos graines de jeunes lycéens. Pendant cinq années, nous avons germé et grandi sous le regard patient et amusé de Jean-Pierre et d’autres jardiniers. Papy, comme il aimait se faire appeler, nous avait prévenu : « Ici, vous n’apprendrez pas un métier, mais une façon de penser ! »

Nous avons alors, modifié notre façon de pousser. Finis les tuteurs institutionnels qui nous obligeaient à nous tenir bien droits. Libéré de tout carcan, chaque étudiant pouvait grandir à son rythme, en choisissant sa propre direction, sa propre lumière.

Bien sûr, toutes ces plantations n’ont pas donné les fruits escomptés, mais grâce à la passion de quelques jardiniers, nous avons réussi à pousser selon notre véritable personnalité. »       

Bruno Collet

Mais d’où viens-tu, Bruno ?

« Je suis né le 11 mai 1965, à Saint-Brieuc, chef-lieu d’un département qui s’appelait alors les « Cotes Du Nord ». Mon enfance se passe à l’image des trente glorieuses, sans problème. Une scolarité en sous-pull coloré et en pantalon à pattes d’eph, entrecoupée de week-end à tester les nombreux outils et résines utilisés dans la carrosserie-automobile de mon père.

Puis vient, avec les années collège, l’envie de franchir la ligne rouge de mes feuilles à carreaux. Les marges de mes cahiers deviennent alors de véritables recueils d’enluminures. Motivé par de piètres résultats scolaires, je décrète que mon avenir se fera avec un crayon à la main. Il me faut donc faire un choix. Soit je deviens moine copiste, soit je me présente au concours d’entrée d’une école d’art.

1985, le choix est fait. Je suis en première année aux beaux-arts à Rennes et contre toute attente, je délaisse le dessin pour la sculpture. Cette fascination pour la tri-dimension s’impose comme une libération. Sortir du support, du papier, de la marge de mes cahiers. Exister dans l’espace, dans la vie.

1990, c’est la fin de mes études et avec un enthousiasme à toute épreuve, je me destine à la vie aventureuse d’artiste sculpteur. Quelques années plus tard, le hasard en décide autrement. Laurent Gorgiard, ancien camarade des beaux arts, recherche des sculpteurs pour réaliser une pub en pâte à modeler. Gagner sa vie en faisant de la pâte à modeler. L’idée ne m’avait jamais effleurée ».

« Avec ce tournage, je découvrais le monde fascinant de l’animation. Un monde où les seules limites sont celles de la créativité et de l’imagination. Intrigué, je choisis d’explorer cet univers. D’abord en tant que décorateur, puis scénariste, et enfin, en 1998, comme réalisateur ».

En 98 donc, il signe « Avoir un bon copain », mini-série coproduite par Canal +. En 2001, son premier court métrage fut sélectionné par la Semaine de la Critique au festival de Cannes. Ce succès s’est confirmé avec les films suivants, sélectionnés et primés dans maints festivals internationaux, et vendus dans le monde entier.

« Si la série « Avoir un bon copain » reste mon bizutage, c’est « Le dos au mur », mon premier court-métrage, avec sa sélection au festival de cannes 2001, qui marque le début d’une magnifique aventure cinéphilique. Aventure à laquelle je me dois d’associer la patience et le magnifique travail de toute une équipe qui me supporte maintenant depuis près de 20 ans »

Ensuite, Bruno a réalisé « Le Jour de gloire… » (2007) – formidable film avec marionnettes animées, sur le statuaire de la 1ère Guerre Mondiale – et le savoureux « Petit dragon » (2009), hommage à Bruce Lee, multi-primé.

Résumé du film Mémorable

Depuis peu, Louis, artiste peintre, et sa femme Michelle vivent d’étranges événements. L’univers qui les entoure semble en mutation. Lentement, les meubles, les objets, des personnes perdent de leur réalisme. Ils se déstructurent, parfois se délitent…

« Je voulais me placer dans la tête du malade. Je n’avais vu qu’un regard extérieur, souvent le regard de l’aidant, la personne qui accompagne – souvent la femme – qui va essayer d’entretenir la mémoire de son mari ou l’aider à retrouver des souvenirs. Je suis tombé sur des tableaux du peintre William Utermohlen. C’est le point de départ. C’était la première fois que je voyais des autoportraits d’un malade qui dessine comme ça son visage, jusqu’à ce qu’il soit hospitalisé. Je me suis dit qu’il y avait vraiment un angle différent à proposer sur la maladie… »

UN FILM EN MARIONNETTES ANIMÉES

« Mémorable », film de 12 minutes, mélange marionnettes animées et effets spéciaux en 3D créés par ordinateurs. Il a été réalisé à Rennes où la fabrication des décors et des marionnettes, le tournage et la post-production ont duré 12 mois.

« Mémorable » est produit par la société rennaise Vivement Lundi ! avec la participation de France 2, du CNC, de la Région Bretagne, du Département des Côtes d’Armor, de TVR, Tébéo et TébéSud, de la Procirep et de l’Angoa.La musique originale a été composée par Nicolas Martin.

Les comédiens André Wilms et Dominique Reymond prêtent leurs voix aux personnages de Louis et de Michelle.


Voir le making-of : https://vimeo.com/341301799

Voir le film  > https://vimeo.com/323490148

Voir le sujet sur KUB : https://www.kubweb.media/fiche/bruno-collet-realisateur/


2 commentaires

Apines · 24 janvier 2020 à 17 h 30 min

Belles performances et bel article. Félicitations à tous

Collet le moing Nadine · 10 février 2020 à 20 h 08 min

Bien recadré le parcours de Bruno et la chronologie avec les années Beaux Arts et la maturation d un talent. Merci pour cet article qui fait valoir sa nomination aux Oscars.

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