Tout le poids d’une île, collectionner l’art cubain

Pas banale, cette exposition… et fort instructive ! Le projet initié par le centre d’art 40mcube réunit le Musée des beaux-arts de Rennes et le centre d’art Passerelle à Brest ; il repose sur la passion d’un Rennais, François Vallée, qui collectionne l’art de Cuba depuis plus de trente ans. Et quelle collection !  Composée de quelques 400 pièces, seules 130 sont présentées là mais au-delà de leur intérêt artistique, elles portent en filigrane (ou plus) toute l’histoire de l’île des Caraïbes, malmenée entre la présence américaine, puis russe et tout autant par ses dirigeants actuels.

Bien sûr, cette sélection est marquée par des partis-pris personnels, les aléas insolites du collectage, les rencontres et les échanges avec les artistes et n’est pas comparable à un fonds de musée sélectionné par des spécialistes qui font passer la raison avant la passion. C’est ce qui en fait toute sa valeur !

En France, notre connaissance des autres cultures est principalement marquée par notre passé colonial, les relations avec nos partenaires économiques et politiques ainsi qu’avec les grandes puissances. En conséquence, elle est réduite envers l’Amérique latine. Cuba, dans cette absence d’imaginaire collectif, est souvent réduite à quelques clichés, faits de salsa, de barbus et de rhum. Pourtant, cette île est l’un des trois grands pôles culturels de l’Amérique hispanophone (avec l’Argentine et le Mexique) dont les influences ont eu une portée universelle. Le grand mérite de cette collection est par ailleurs de réunir autant les artistes exilés (rien qu’aux États-Unis on compte près de 10 % de la population cubaine émigrée) que les artistes insilés (oui, moi aussi, je découvre le mot, mais son sens est clair !), ceux qui demeurent sur l’île, permettant de rassembler exceptionnellement dans l’espace du musée, tous les artistes citoyens de la création cubaine contemporaine.

Le Musée des beaux-arts a invité trois artistes à réaliser des œuvres éphémères dans ses galeries : Néstor Arenas pour une fresque dans le patio, José Franco avec une installation, et José Bedia également pour deux fresques. Ces trois artistes, parmi les plus importants de l’expression cubaine contemporaine, étaient présents lors de l’ouverture de l’expo et c’était formidable de les écouter ainsi que François Vallée et le conservateur François Coulon, passionné de culture hispano-américaine. Et passionnant. Si vous pouvez assister à une de ses visites commentées, foncez !

MCB

Attention, l’expo de Segundo Planes, Estructura Ósea del Cero, à 40 M3, se termine le 23 décembre.

Celle de la Passerelle à Brest, termine le 14 janvier.

https://cac-passerelle.com/expositions/en-cours/abstractions-cubaines-des-annees-50-a-nos-jours/

Au musée des beaux-arts à Rennes, elle continue jusqu’au 2 avril.

https://mba.rennes.fr/fr/article/cuba-expo/

En savoir plus :

Côté musique, avec Ibeyi, les soeurs jumelles originaires de Cuba

https://www.youtube.com/watch?v=iZLSgCKd87M

Côté littérature, j’aurais pu choisir Zoé Valdès https://fr.wikipedia.org/wiki/Zo%C3%A9_Vald%C3%A9s mais ses prises de position m’énervent parfois, alors j’opte pour Laurent Bénégui, dont j’ai adoré «  Retour à Cuba ».

https://bullesdeculture.com/critique-retour-a-cuba-laurent-benegui-avis-livre/

 Vous pouvez aussi vous lancer dans la lecture du poème « La isla en peso » de Virgilio Piñera (1943), dont le titre de cette expo est emprunté à la traduction française de Claude Couffon.

Et enfin, trinquons à un Cuba libre ! https://fr.wikipedia.org/wiki/Cuba_libre

 


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