Maillols et moi, ce fut un coup de foudre… très professionnel (d’ailleurs, sa femme ne le lâchait pas d’une semelle !). Vous imaginez une jeune diplômée d’architecture – qui a étudié en détail les Horizons et la Barre Saint-Just – se voir confier une exposition sur Georges Maillols ? Ce projet des Archives municipales était initié par sa directrice Catherine Laurent, très heureuse de « lancer une expo sur quelqu’un de vivant ». Qu’est-ce qui pouvait provoquer une telle exception ? Le fait que Maillols vienne de leur confier les archives de son agence, certes, mais surtout une occasion de rendre hommage à l’homme qui a redessiné la ligne d’horizon de la ville. Pourquoi ai-je envie d’en parler ici ? Parce qu’un article dans le dernier journal municipal rennais en parle comme d’une « starchitecte »… et ça m’énerve ! Pourtant j’aime la plume et l’art du titre de Jean-Baptiste Gandon mais ce titre me semble trop injuste.

Un « starchitecte », c’est le grand manitou, toujours entre un TGV et un avion, qui a l’art de séduire les élus (qui adorent les stars !) et de faire travailler ses collaborateurs en regardant vite fait par-dessus leur épaule entre deux interviews et des remises de médaille. Maillols, lui, appartient à cette génération de concepteurs qui venaient s’installer dans la ville où ils avaient obtenu d’importantes commandes – tel Georges-Robert Lefort à Guingamp et donc, Georges, à Rennes.

L’autre défaut de l’article de Jean-Baptiste est qu’il ne mentionne pas du tout celui ou ceux qui permettent les grandes œuvres. Or sans commanditaire avisé, ni élu visionnaire : pas d’architecture marquante !

Pendant qu’Arretche rebâtissait Saint-Malo (avec Cornon), Maillols – venu en Bretagne prendre la suite du cabinet Couasnon – est sollicité par le maire Henri Fréville pour travailler à la suppression des quartiers insalubres de la capitale bretonne. Il réalise la rénovation de l’ilot Jules Simon – La Chalotais – Poullain-Duparc. C’est alors qu’il rencontre Albert Lamotte, promoteur ambitieux et clairvoyant. Et les Rennais vont bénéficier de « l’intelligence d’un tandem inventif » (titre d’un sujet de France 3). On doit à ce duo l’érection de la Barre Saint-Just et des Horizons pour ne citer que les plus emblématiques édifices de la ville (je préfèrerais parler d’un trio car le rôle de l’adjoint à l’urbanisme de l’époque, Georges Graff, est fondamental). Les tours jumelles du Bourg-l’évêque ont même détrôné le Parlement au palmarès des plus photographiés de la ville. Quand certains n’y voient qu’un grand machin en béton (donc « moche »), d’autres pressentent toute la complexité de l’œuvre apparemment si simple. Elle fut d’ailleurs unanimement saluée par le ministère, la presse et les habitants. Anecdote amusante : quand je travaillais à l’expo et au catalogue Horizons Maillols, j’ai rencontré un jeune couple qui ambitionnait de faire le « parcours Maillols » : entendez par là qu’ils avaient habité étudiants aux Horizons, jeunes parents dans une maison « Tournesol » à Patton, et qu’ils rêvaient de passer leur retraite à la Barre Saint-Just.

 

Au-delà d’un lieu de vie et d’un symbole, les Horizons inspirent non seulement les photographes (merci encore à Thierry Jéron pour la photo de couv’ de mon site) mais aussi les artistes qui viennent à Rennes. Graveurs, dessinateurs, peintres n’en finissent pas de jouer avec les lignes géométriques des façades composées par Georges. Comme Pauline K qui expose actuellement à l’Antre Temps (45, rue de la Parcheminerie à Rennes. Jusqu’au 17 octobre)


1 commentaire

Bourges · 26 septembre 2020 à 10 h 00 min

Très intéressant ! Je suis sûre que beaucoup de rennais ne connaissent pas bien l’architecte Maillols , et cela nous permet d’apprendre à lever les yeux quand on se promène dans Rennes , à cette époque où si la bouche et le nez sont masqués, les yeux doivent encore plus rester grand ouvert!!!

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