Un coup de barre?

 Même si cette année, le mois de Mars ne nous permet pas de repartir comme nous aimerions, il ne faut pas se priver du plaisir de ce qu’il offre.

Mais au fait, pourquoi porte-t-il le nom du dieu romain de la guerre ? En fait, c’est précisément parce que les Romains respectaient la trêve hivernale et qu’après avoir cocooné et fourbi leurs armes, ces fous de Romains repartaient comme en 40 conquérir le monde (ah, l’an 40 ! On le chante comme Jeanne Cherhal https://www.youtube.com/watch?v=xnCoirvpWT8)?  ou on s’en moque https://www.grevisse.fr/le-blog-chroniques-grevisse/histoire-des-mots/pourquoi-s-en-moquer-comme-de-l-quarante?)  

Mais revenons au mois sus-cité qui faisait l’objet de mon dernier cours de l’année en culture gé. Je racontais à mes élèves les bouleversements qu’apporte chaque année le retour des beaux jours, quand la sève monte, monte…

 Chez les Romains

Dans la mythologie romaine, Mars était un dieu très important en tant que
père de Romulus et de Remus, fondateur et protecteur de la cité.
Sous l’influence grecque, il est identifié à Arès mais le caractère et la dignité de Mars diffèrent de manière fondamentale de celle de son homologue grec – souvent traité avec mépris et effroi dans la littérature grecque (il a quand même donné le terme d’aréopage).Très honoré par les légions romaines, son culte connaissait deux temps forts, au mois de Mars et en Octobre, début et fin de la saison guerrière.
Quand Janvier, mois d’élection des magistrats, a été choisi comme commencement de la nouvelle année, Mars est devenu le 3ème et décembre – étymologiquement 10ème mois – est devenu le 12ème. Point d’orgue, les Ides de mars (correspondant au 15 mars) était un jour festif dédié au fameux dieu. Ce n’est pas un hasard si Jules
César fut assassiné pendant les Ides de Mars en 44 av. JC, sans avoir tenu compte des
prédictions de l’haruspice étrusque Titus Vestricius Spurinna et du rêve de sa femme Calpurnia. Lançant le célèbre « Tu quoque, mi filii » à son fils adoptif Brutus.

Chez nous

Notre président nous l’annonçait en mars 2020 : « Nous sommes en guerre ». Début d’une retraite propice à la réflexion. Toute la Gaule est confinée ? Toute ? Non, le village breton résiste. Quoique… Un soldat variant s’est tapi du côté de Lannion. Vous noterez que c’est juste à côté du merveilleux village gaulois (https://www.levillagegaulois.org/php/home.php). Le 18 mars 2021, Jean Castex lance l’idée du couvre-feu assoupli. Alors les « Romains » d’aujourd’hui (les Parigots) reprennent l’invasion vers la Bretagne https://www.linternaute.com/actualite/politique/2532654-discours-de-jean-castex-retour-point-par-point-sur-les-annonces/

 En Europe

Dans la plupart des pays d’Europe, le dernier dimanche de mars est celui du passage à l’heure d’été. De l’autre côté de l’équateur, ce même jour est celui du passage à l’heure d’hiver.

Et côté catho il s’en passe !  
1) Cʼest le mois du carême. Période tellement propice aux « faces de … » que la population n’y entrait qu’après une grosse fiesta, le carnaval, avec son jour de folie, Mardi-Gras. J’en ai déjà parlé dans https://www.mariechristinebiet.com/2021/02/17/carnaval-et-moi/

2) LʼAnnonciation, célébrée le 25 mars (9 mois avant Noël – logique!). Ce mystère initial du culte chrétien est très présent dans lʼhistoire de lʼart. Moment où le divin s’incarne en homme: l’archange Gabriel annonce à Marie son statut de mère du Fils de Dieu, et lui explique qu’elle portera un enfant tout en restant vierge. Autrement dit, une jeune femme juive apprend qu’elle va enfanter celui qui mourra pour les péchés des hommes. Damned ! L’Annonciation est le moment où se rachète le péché originel d’Adam et Ève. Une femme pure va laver le péché d’impureté d’une autre femme, Ève (la pauvre, tout ce qu’on lui inflige !). La tradition théologique souligne même que la formule latine prononcée par Gabriel « Ave Maria » contient le nom d’Ève inversé (Ave / Eva, en latin) et rend visible le sens même de l’Annonciation. Dans le texte original de l’Évangile, en grec, la salutation de Gabriel est XAIPE (« Réjouis-toi ! ») L’Annonciation est un message de joie et de libération – potentielle, car elle ne s’accomplit effectivement que par la Croix et la Résurrection.
N.B: si cette «vision» vous laisse perplexe, je vous invite à lire « Le baiser de Qumran » de Frédérique Jourdaa – https://booknode.com/le_baiser_de_qumran_041503

Et dans le monde

Le 8 mars célèbre la Journée Internationale des Femmes, née d’une décision prise à l’issue du congrès des femmes socialistes à Copenhague en 1910, à l’initiative de l’Allemande Clara Zetkin – ce mouvement a aussi contribué à la Révolution russe de 1917. Officialisée par les Nations Unies en 1977, la “Journée Internationale des Femmes” trouve son origine dans les luttes des ouvrières et suffragettes du début du XXe s., pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote. À travers le monde, c’est l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes. Les groupes et assos’ de militantes fêtent les victoires et surtout font entendre leurs revendications. La Journée internationale des femmes reste nécessaire tant que l’égalité entre les hommes et les femmes ne sera pas atteinte. Et il y a du boulot !

Messieurs, sachez que ce n’est pas une séance de rattrapage pour ceux qui auraient oublié la Saint-Valentin. La pub s’en est emparé pour inciter les hommes à acheter des fleurs, des séances de relooking ou de la lingerie coquine. Quelques chiffres pour rappeler que les attentes des femmes sont ailleurs. À l’échelle mondiale et selon les statistiques des Nations Unies (en 2004), les femmes accomplissent 67 % des heures de travail, gagnent 10% du revenu mondial, constituent 2/3 des analphabètes du monde et possèdent moins de 1% des propriétés dans le monde. Je ne m’étendrai pas sur toutes les formes de discrimination, les violences conjugales, la commercialisation du corps des femmes, la précarité…

À Rennes, on a compris que 24h n’étaient pas suffisantes pour rendre publics les nombreux débats relatifs à ce sujet. Alors on en a fait un mois, durant lequel rencontres, documentaires, expositions, manifestations venaient (avant la « guerre ») alimenter les combats.

Ailleurs dans le monde, j’avais repéré ces initiatives :

–  En Argentine, un sit-in devant le Congrès à Buenos Aires pour « celles que personne n’écoute » en référence aux femmes victimes de violence conjugale qui n’arrivent pas à faire enregistrer leurs plaintes auprès de la police. La Centrale des travailleurs d’Argentine (CTA) appelait à manifester pour exiger de meilleures conditions de travail pour les femmes, combattre la violence machiste, lutter contre la prostitution et légaliser l’avortement.
Au Pérou, 69 organisations féministes organisaient un piquet devant le Palais de justice à Lima pour que les femmes victimes de violence puissent avoir accès à la justice. Onze femmes avaient reçu l’Ordre du mérite de la femme des mains de la ministre de la Femme, Virginia Borra.

–  Au Venezuela, un char dédié aux « héroïnes » de l’histoire du pays figurait dans le défilé carnavalesque de Caracas.

–  À Bruxelles, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et la vice-présidente de la Commission européenne, Viviane Reding, ont profité de cette journée pour souligner le « rôle crucial » des femmes dans les changements en cours en Tunisie et en Egypte (no comment…)
– Au Japon, la plus importante société de courtage financier, Nomura, a profité du 8 mars pour annoncer la nomination d’une femme comme directeur financier. Une première !
Les femmes occupaient 20% des postes de direction d’entreprises au niveau mondial en 2011, un taux en baisse sur 2009 où elles représentaient 24% des dirigeants de sociétés, selon une étude du cabinet d’audit Grant Thornton.
En Bulgarie, une tradition remontant à l’époque communiste reste vivante: les hommes offrent des fleurs à leurs collègues femmes, à leur épouse, à leur mère.

  •  En France, à Montreuil (93), les rues sont symboliquement rebaptisées par des noms de femmes. Initiative similaire à Marseille, où l’association Mix-Cité 31 proposait de rebaptiser symboliquement 70 rues du nom de femmes célèbres, à l’aide d’affiches de même format et couleur que les plaques de rues, mais arborant des noms de femmes à côté des plaques véritables.
    La ministre des Solidarités, Roselyne Bachelot, invitait à déjeuner les femmes ministres du gouvernement – qui comptait dix femmes ministres et secrétaires d’Etat et vingt hommes (ah ah, Roselyne… je rappelle que ces lignes sont issues d’un cours passé… je ne m’étendrai pas sur son rôle actuel…)

 En Corse. Le 18 mars, on fête la patronne d’Ajaccio, la Madunuccia, Notre Dame de la Miséricorde, qui sauva la ville de la grande peste en 1656.

 Une pensée aussi pour nos frères Tibétains qui commémorent au 10 mars le soulèvement populaire de Lhassa en 1959. https://fr.wikipedia.org/wiki/Soul%C3%A8vement_tib%C3%A9tain_de_1959#:~:text=L’ANVD%20et%20le%20Chushi,entre%20autres%20de%20Gompo%20Tashi.

Pendant ce temps-là, nous, on « célèbre » les grands-mères » – oh, la honte ! Plus sympa : le Printemps des poètes. Cette année, Marina Hands en est la marraine.
https://www.printempsdespoetes.com/Edition-2021. J’ignore ce que la Maison de la poésie relaie cette année – https://www.maisondelapoesie-rennes.org/

Autre grand rendez-vous culturel : la Journée de la francophonie le 20 mars. 
Voyez la multiplicité des manifestations dans le monde sur www.francophonie.org/

Impossible d’oublier les Irlandais du monde entier qui depuis plus de trois siècles fêtent la Saint-Patrick le 17 mars : chacun multiplie les challenges pour être toujours plus « Irlandais » et plus vert… au mépris parfois des règles environnementales : les chutes du Niagara et la rivière de Chicago furent teintées de vert !

Bon, j’arrête de vous saouler avec mes histoires de mars en vous conviant à boire une bière… de Mars, quand même! L’initiative aurait été lancée à Arras en 1394 avec une bière brassée en hiver utilisant du houblon fraîchement récolté et conservée trois mois dans les fûts. Au pays de Brocéliande, la brasserie de Gaël proposait un joyeux rendez-vous à la Saint-Patrick https://www.bierelagaelle.com/ Dès que possible, on s’y retrouve ? D’après Christophe Hordé, ça ne serait pas avant juin. Mais d’ici là ? Rêvons avec ce dicton :

« Hâle de mars, pluie d’avril, rosée de mai, font d’août et septembre les plus beaux mois de l’année ».

PS : pour conclure ce cours, je passais à mes élèves la plus belle chanson de Mars (version Georges Moustaki)  https://www.youtube.com/watch?v=PxMjenL4k-g

 


 

 


1 commentaire

leroyer · 22 mars 2021 à 10 h 05 min

Mars et la mission Persévérance …. Des images rares qui nous parviennent à présent comme si la planète était plus proche . C’est juste que ce papier excellent pourrait s’enrichir de cet autre Mars lointain. Merci Kritou , pour ce rappel de Culture G

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